PDP Readiness. Une matrice de maturité pour le Passeport Numérique de Produit avec une double approche digitalisation et durabilité

13.02.2026

Le Passeport Numérique de Produit n’est pas une norme de plus : c’est un filtre concurrentiel. Il va distinguer les entreprises capables de démontrer, à partir de données, comment elles conçoivent, produisent et gèrent le cycle de vie de leurs produits, de celles qui ne peuvent pas le faire. Digitalisation et durabilité cessent d’être des discours parallèles pour devenir un système unique, exigeant, mesurable et traçable.

Dans ce contexte, il ne suffit pas d’avancer de manière intuitive. Il est nécessaire de savoir d’où l’on part et vers où l’on doit évoluer. La matrice de maturité développée dans le projet EDIT PDP Readiness est précisément née dans ce but : offrir un cadre clair pour évaluer le niveau réel de préparation de l’entreprise en combinant les deux piliers qui définiront l’avenir du produit en Europe : la digitalisation structurée des données et la durabilité intégrée au cycle de vie.


Les deux axes de la matrice de maturité

La matrice de maturité développée dans le cadre du projet EDIT repose sur deux axes fondamentaux qui reflètent les principaux défis liés au Passeport Numérique de Produit : la digitalisation du produit et la durabilité. Ce choix n’est pas anodin. Le Règlement européen sur l’écoconception pour des produits durables (ESPR) positionne le Passeport Numérique de Produit comme un instrument clé pour améliorer la performance environnementale des produits tout au long de leur cycle de vie, en s’appuyant nécessairement sur la disponibilité d’informations numériques, structurées et accessibles.

Ces deux axes permettent donc d’évaluer de manière simple et compréhensible le point de départ des entreprises et leur progression vers des modèles plus transparents, traçables et responsables. Afin de doter la matrice d’une base méthodologique claire, chaque axe est structuré en trois niveaux de maturité : faible, moyen et élevé, définis à partir de critères minimaux cohérents et cumulés.


Digitalisation du produit

L’axe de digitalisation du produit analyse dans quelle mesure les informations associées aux produits sont digitalisées, structurées et prêtes à être utilisées et partagées tout au long de la chaîne de valeur. Il ne se limite pas à identifier l’adoption ponctuelle d’outils technologiques, mais se concentre sur la capacité réelle de l’entreprise à gérer les données produit de manière fiable, cohérente et réutilisable, ainsi que sur l’existence de mécanismes de gouvernance des données.

Trois niveaux de maturité sont distingués :

Niveau faible de digitalisation, caractérisé par une forte dépendance aux processus manuels et une faible structuration des données. Les informations sont généralement fragmentées sur différents supports (tableurs, documents non structurés ou outils non interconnectés), voire détenues sous forme de savoir tacite par des personnes clés. La digitalisation, lorsqu’elle existe, est ponctuelle et principalement opérationnelle, sans traçabilité structurée ni mécanismes formels de gouvernance des données.

Niveau moyen de digitalisation, où l’entreprise utilise des outils numériques à certaines étapes du cycle de vie du produit et a partiellement automatisé certains processus. Les données commencent à être organisées de manière plus cohérente et des mécanismes de gouvernance émergent (définition de responsables, règles d’accès de base). Cependant, la digitalisation reste surtout opérationnelle, les données sont structurées localement et ne sont pas entièrement réutilisables de manière transversale. La traçabilité est basique et pas encore alignée avec les standards du Passeport Numérique de Produit.

Niveau élevé de digitalisation, défini par l’intégration complète des systèmes et des données sur l’ensemble du cycle de vie du produit. Il existe une gouvernance formalisée des données (rôles, responsabilités, politiques claires), une interopérabilité entre plateformes et l’utilisation de standards ouverts. Les informations produit sont gérées de manière structurée, traçable et réutilisable, permettant la conformité réglementaire et la génération effective du Passeport Numérique de Produit.

Cet axe permet d’identifier si l’entreprise se situe dans une phase basique de digitalisation, dans un stade intermédiaire de structuration partielle des données ou si elle a atteint une gestion pleinement intégrée et stratégique des données produit.


Durabilité

L’axe de durabilité évalue la manière dont l’entreprise intègre les enjeux environnementaux dans la gestion du produit et dans ses processus de décision. Au-delà de la conformité réglementaire, il analyse si l’organisation dispose d’une vision structurée des impacts environnementaux et sociaux de ses produits et si elle est capable de traduire cette information en indicateurs mesurables et actionnables.

Trois niveaux de maturité sont également distingués :

Niveau faible de durabilité, centré principalement sur la conformité réglementaire. Les pratiques environnementales sont ponctuelles et non systématisées, il n’existe pas de stratégie définie et la durabilité n’est pas alignée avec la stratégie globale de l’entreprise. La vision des impacts produits est limitée et les données environnementales disponibles sont rares ou peu intégrées.

Niveau moyen de durabilité, caractérisé par l’existence d’une stratégie avec des objectifs mesurables et par la mesure d’impacts environnementaux directs et basiques (émissions, consommation de ressources, matériaux). Des critères de durabilité sont intégrés dans certains processus clés (achats, production, logistique) et des premiers niveaux de transparence apparaissent vis-à-vis des clients et partenaires.

Niveau élevé de durabilité, où la durabilité est pleinement intégrée dans la stratégie et la gestion du cycle de vie du produit. Des approches d’écoconception et d’analyse du cycle de vie sont adoptées, des stratégies d’économie circulaire sont mises en œuvre et des pratiques d’approvisionnement responsable se déploient tout au long de la chaîne de valeur. Les décisions reposent sur des données traçables et vérifiables, et le Passeport Numérique de Produit devient un outil central de transparence, de circularité et de création de valeur.

Cet axe met en évidence que le Passeport Numérique de Produit n’est pas seulement un outil numérique de traçabilité, mais aussi un levier pour évoluer vers des modèles productifs plus durables, fondés sur les données et alignés avec la transition écologique.


Que signifie chaque quadrant de la matrice ?

(Ici, intégrer la figure de la matrice avec le nom des niveaux)

  • Quadrant 1 – Zone critique. Faible niveau en digitalisation et en durabilité. Processus majoritairement manuels, données non structurées et absence de stratégie environnementale. Forte vulnérabilité face au PDP et aux futures exigences réglementaires.
  • Quadrant 2 – Traditionnel responsable. Progrès ponctuels en durabilité liés à la conformité réglementaire, mais faible maturité numérique. Pas de gestion structurée des données produit ni de traçabilité alignée avec le PDP.
  • Quadrant 3 – Gardien vert. Forte conscience environnementale mais faible digitalisation. L’absence de gouvernance et d’interopérabilité des données limite la capacité de démontrer l’impact.
  • Quadrant 4 – Réveil numérique. Initiatives de digitalisation opérationnelle, mais sans intégration transverse des données ni gouvernance formelle. La durabilité reste encore embryonnaire.
  • Quadrant 5 – Transformateur dual. Progrès sur les deux axes mais encore fragmentés. Pratiques durables et outils numériques existent, sans intégration stratégique complète ni traçabilité alignée avec le PDP.
  • Quadrant 6 – Durabilité en progression. Durabilité intégrée au niveau stratégique, avec mesure des impacts et approche circulaire. Digitalisation intermédiaire, sans interopérabilité ni gouvernance pleinement formalisée.
  • Quadrant 7 – Tech sans finalité. Forte maturité numérique (systèmes intégrés, gouvernance des données), mais durabilité limitée à la conformité réglementaire. Risque dans le contexte du PDP.
  • Quadrant 8 – Écodigital émergent. Niveau avancé en durabilité et digitalisation. Gestion structurée des données et critères environnementaux intégrés. Le PDP est proche de devenir un outil central.
  • Quadrant 9 – Leader écotech / niveau élevé. Maturité élevée sur les deux axes. Durabilité intégrée à la stratégie et à la gestion du cycle de vie, systèmes interopérables, gouvernance des données formalisée et pleine capacité à générer et maintenir le PDP.

Itinéraires de transformation

Une fois le profil actuel diagnostiqué et un objectif réaliste défini dans la matrice (par exemple passer d’un niveau moyen à élevé), des itinéraires de transformation sont établis. Ces itinéraires sont des trajectoires structurées comprenant des jalons et des actions clés pour progresser sur les axes digital et durable. L’équipe EDIT a conçu plusieurs « itinéraires types » basés sur les expérimentations pilotes. Par exemple :

  • Itinéraire A : de Zone critique à Traditionnel responsable. Actions typiques : audit RSE, formation aux bonnes pratiques environnementales, lancement de projets d’économie circulaire.
  • Itinéraire C : de Gardien vert à Durabilité en progression. Accent sur la digitalisation des processus clés (ERP, systèmes de gestion des données) pour mesurer la performance environnementale.
  • Itinéraire E : de Tech sans finalité à Leader écotech. Calcul de l’empreinte carbone et éco-conception de produits circulaires (réparables, recyclables).

Dans la pratique, les étapes recommandées par EDIT sont :

  1. Identifier le quadrant actuel via un autodiagnostic.
  2. Définir un objectif atteignable à moyen terme.
  3. Suivre un itinéraire adapté parmi ceux proposés.
  4. Accompagner le changement, en impliquant des équipes pluridisciplinaires et en développant les compétences.

Cette approche par étapes est cohérente avec les travaux en gestion du changement et en transformation digitale : la mise en œuvre d’innovations comme le PDP nécessite une planification progressive, le développement des compétences et l’adaptation des organisations.